05 coup de projecteur

Découvrez le livre "Pédagogie de l'égalité"

Le Lycée Auguste et Louis Lumière de La Ciotat n'est pas un lycée comme les autres. Freinet vous avez dit ? Si nous nous plongions réellement dans cette expérience pédagogique... Une expérience qui ne concerne pas tout le lycée mais trois classes (seconde, première et terminale). Il s'agit donc d'un dispositif Freinet à l'intérieur d'un lycée traditionnel, et donc un dispositif transférable dans n'importe quel établissement.

Il ne demande aucun moyen supplémentaire, simplement de la volonté !

 

Genèse du Projet

Pour commencer, il faut commencer comme dirait Jankélévitch, et je suis chargée de commencer. Nicolas Go et les enseignants Freinet du lycée Lumière me l'ont dit : « Tu dois commencer notre livre, notre témoignage, par l'historique du CLEF puisque tu as tenu un journal de cette aventure depuis le commencement ».
Nous sommes en avril 2018, j'ai accepté de commencer, mais voilà que ce commencement m'échappe, car au fur et à mesure que je descends dans le passé pour trouver sa racine et que je la mets au jour, une autre cachée dessous se révèle, et encore une autre, une autre, il n'y a pas de fin au commencement.
Pourtant j'ai fini par trouver ; le commencement, bien sûr, c'est le rayonnement de la pensée de Célestin Freinet.
Ce rayonnement et cette pensée, j'ai eu la chance de les rencontrer en 1972 dans les quartiers Nord de Marseille. Car notre vie se déroule au gré des rencontres que l'on fait. (…)

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La section Freinet du Lycée Lumière prend son essor : élagage et aoûtement

Un véritable esprit d'équipe s'est installé, la progression pédagogique est constante. Les quelques postes laissés libres par des départs en retraite ou des déménagements sont généralement pourvus par des enseignants du lycée Lumière au sein duquel la section Freinet a toute sa place.
Les projets et les expériences se multiplient avec le jardin de permaculture, la production d'huile d'olive à partir des arbres du lycée, les travaux en partenariat avec des laboratoires de recherche de l’enseignement supérieur, l’ouverture vers l’international, ou l'édition annuelle du livre Freinésies collectives qui rassemble les productions des lycéens sous forme de textes littéraires, philosophiques, économiques, en français ou en anglais, ainsi que des travaux scientifiques.
Depuis le début du projet, les proviseurs successifs du Lycée Lumière ont soutenu les enseignants de la section Freinet dans leurs démarches, de Mme Ramtani, la première, à Mme Boaventure actuellement, en passant par Mme Fabréga et Mr Le Drézen, qu'ils en soient remerciés.
Pour ces enseignants c’est le moment de la maturité et aussi de la transmission.
Les voici en mesure de se tourner vers leur hiérarchie qui leur a fait confiance, pour leur proposer un modèle d'organisation et de pédagogie en accord avec la réforme et les programmes, adaptable dans d'autres établissements, et qui conduira les jeunes vers la réussite et la réalisation de leur vie personnelle.
Célestin Freinet a écrit 30 Invariants pédagogiques pour aider les enseignants dans leur cheminement. Quand je pense à cette équipe d'enseignants, c'est le numéro 30 qui me vient à l’esprit :
« Il y a un invariant qui justifie tous nos tâtonnements et authentifie notre action : c'est l'optimiste espoir en la vie. Ce sera le fil d'Ariane mystérieux qui nous conduira vers notre but commun : la formation en l'enfant de l'homme de demain ». (Extrait pp.7 et 11-12)

 

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Lucette Agostini, administratrice de la Ligue de l'enseignement - Fédération des Bouches du Rhône

 

Extraits du livre : 

« Processus dans la présentation des textes d’élèves
Au fil des séances les réactions et les questions des élèves vont évoluer et devenir de plus en plus littéraires car elles vont se nourrir de leur propre travail d’écrivain et de lecteur qui s’étoffe ainsi que de leur culture commune qui est croissante. Je répète que le plus difficile est d’arriver à ne pas orienter la discussion car l’artifice enlève l’intérêt de l’exercice. En revanche, j’essaie d’appuyer sur les questions essentielles qui émergent et qui posent problème : Comment as-tu trouvé l’idée ? D’où vient l’inspiration ? L’inspiration existe-t-elle ? A quoi sert la littérature ? Qu’est-ce que la littérature ? Est-ce que ce que tu dis est vrai ? Quels sont les liens entre littérature et réel ? Le mensonge existe-t-il en littérature ? Pourquoi ce texte m’a-t-il autant touché ? Pourquoi est-ce beau ? A travers ces questionnements on approche l’essence de la discipline et ce type de questions permet plusieurs ouvertures intéressantes : découvertes de textes d’auteurs qui évoquent ces problématiques ; confrontation de ces questions à d’autres textes d’élèves, etc. On s’aperçoit très vite qu’en écrivant d’abord sans sujet ou thème imposé on se retrouve en position d’auteur, et donc confronté aux problèmes essentiels des écrivains. D’ailleurs, chaque élève va ainsi s’autoriser de plus en plus à écrire et à progresser en prenant un chemin qui lui sera propre.
Petit à petit, lorsque les élèves réagissent bien aux présentations, j’introduis quelques notions ou figures de style et je les écris au tableau afin de nommer ce qu’ils perçoivent. Je leur indique aussi lorsque leur texte me fait penser à tel ou tel auteur et cela va ensuite permettre d’introduire les études comparées ou les groupements de
textes avec les textes d’élèves et d’auteurs du patrimoine rassemblés dont je parlerai plus loin.
L’idée des présentations est de brasser le maximum de textes et de ne pas s’attarder longuement sur l’un sauf si la situation le nécessite. Les élèves prennent l’habitude de découvrir de nombreux genres qu’on nomme, et différents styles, ce qui les familiarise avec la multitude des propositions littéraires. De plus reviennent forcément les grands motifs récurrents et les grandes questions existentielles comme la mort, l’amour, l’amitié, etc. Ils prennent ainsi conscience que l’individuel rencontre le collectif et que chaque texte peut les toucher en tant qu’être humain.
Cette pratique de l’écriture est au centre du travail en français. Chaque élève doit écrire de façon quasi quotidienne et au moins deux fois par semaine afin de mettre en route un réel processus de création littéraire. À partir de cette pratique, la découverte et l’étude des auteurs du patrimoine culturel vont se faire d’une manière très différente car les élèves, à leur niveau, se seront posés les mêmes problèmes, auront été confrontés aux mêmes difficultés : ils partagent la situation d’auteur. Cela provoque chez eux une plus grande compréhension qui permet d’aborder des textes complexes s’ils ont des points communs avec les préoccupations littéraires des élèves. » (Extrait pp.32-33).

« Arrière-plan
Si rien n’échappe aux logiques sociales, cela n’en fait pas pour autant des fatalités. Les pratiques d’émancipation consistent à modifier les forces et contre-forces, à contrarier les tendances, à orienter les déterminismes selon d’autres directions. Comment ? Par l’exercice de nos puissances d’agir, individuelles et collectives, elles-mêmes déterminées par les dispositions acquises, les contextes, les institutions. Si les institutions font les hommes (elles sont toujours premières dans l’ordre de la socialisation), ce sont aussi les hommes, en fonction de ce qu’ils peuvent, qui font les institutions. C’est ce que nous proposons : un nouveau type d’institution, l’institution coopérative.
La socialisation coopérative détruit la logique de subordination hiérarchique, celle, à l’école, de la scolastique, pour lui substituer une pratique souveraine du travail. Elle s’efforce d’engendrer de nouvelles dispositions (des manières de faire, de penser, de sentir, etc.) orientées vers la fabrication d’un monde commun, et structurées par l’affirmation de l’égalité. Cette souveraineté est garantie par un effort pour sans cesse réélaborer l’institution ellemême. Un effort, donc, opéré de l’intérieur, par les acteurs euxmêmes. C’est ainsi un effort qu’on peut dire immanent.
Comment cette socialisation fonctionne-t-elle ? Elle n’est pas déterminée par contrainte forcée, par pouvoir, par autorité, quel que soit le mot que l’on préfèrera. Elle fonctionne, comme toute institution, à l’affect. Mais à l’affect de joie. Pas cette joie instrumentalisée par les nouveaux managers, flanqués de leur
« chief happiness officer », sensés rendre plus heureux les salariés qu’ils assujettissent de plus belle, ni même cette nouvelle injonction du « bien-être », associée à une amélioration du « climat scolaire » qui en réalité reconduit les rapports de subordination. Une joie, précisément, comme expression de la souveraineté sur le travail. Elle résout le problème de la mobilisation des élèves, contre lequel vient inéluctablement butter la scolastique. C’est, au sein de l’institution coopérative, cette corrélation d’arrière-plan entre l’enthousiasme, l’égalité et le travail que nous défendons.
Caractérisons la relation éducative selon trois dimensions : la dimension politique, manifestée par l’affirmation de l’égalité, la dimension éthique, par la joie de vivre, la dimension épistémique, par la production d’œuvres et de connaissance. La première est la plus combattue, la seconde la plus ignorée, la troisième la plus malmenée. La tâche pratique consiste à répondre à la question suivante : à quelles conditions réelles une telle proposition éducative est-elle possible ? » (Extrait pp.125-126).

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